Espace de parole et d’échanges,
pour accompagner les cheminements de vie,
…les cheminements de deuil.

Il faut remettre la mort plus proche de la vie

Il faut remettre la mort plus proche de la vie

Villeneuve – Ouvert à tous depuis peu, «Mor(ds)..t, la vie!» est un lieu d’échange de parole sur la mort ou le deuil au sens large. Rencontre avec sa créatrice.

detail_mordslavieParler du deuil, mais pas seulement lié à un décès, permet de parler de ses expériences et de s’enrichir. Aude Nicaty, fleuriste et responsable des pompes funèbres Cassar à Villeneuve est à l’origine de cet espace ouvert à tous et gratuit.

Comment est né le projet Mor(ds)..t la vie ? Il manquait un espace de ce genre?
> C’est d’abord par mon métier aux pompes funèbres que le projet a mûri. J’ai remarqué qu’il y avait un réel besoin d’avoir un lieu d’écoute. Lors d’un deuil, les gens peuvent être entourés d’amour et de leurs proches, mais finalement chacun a ses propres problèmes. Les proches ne sont pas toujours disponibles. Une personne extérieure peut permettre d’avancer sur son chemin de deuil, quel qu’il soit. Ce n’est pas forcément un décès, mais cela peut aussi être la perte d’un travail, un déménagement qui engendre la perte de repères géographiques. Ça peut être tout simplement la fin d’une étape, d’un amour. Cet espace peut être une alternative au thérapeute ou à une personne professionnelle. Simplement le lien humain, par rapport à une situation vécue, permet de cheminer. Je constate qu’aujourd’hui on a moins la possibilité de s’exprimer régulièrement. En s’exprimant on peut sortir ses émotions. Mettre des mots sur ce que l’on ressent, c’est important. L’espace permet d’avoir des échanges sur le vécu des autres. Ce n’est pas de la théorie ou un schéma. C’est plus rassurant de s’appuyer sur des faits qui sont réels, humains.

Dans la société actuelle, est-il de plus en plus difficile de parler de ses émotions?
> Non, je ne pense pas, mais on a de moins en moins de lieux pour le faire, d’occasions pour parler de ces thèmes importants et essentiels qui font partie de la vie. La mort a toujours fait peur. C’est un sujet toujours très sensible. Tout le monde est touché par cela de près ou de loin, un jour où l’autre. Les gens peuvent venir dans cet espace simplement pour s’informer ou se préparer à une situation, se faire accompagner pour l’après ou le pendant. Je ne voulais pas cantonner ce lieu uniquement au deuil d’un proche, mais aussi l’ouvrir au domaine professionnel, car le vide est pareil. Dès qu’il y a un changement, on retrouve ce manque de repères. On doit reprendre confiance en soi.

Comment se passent ces rencontres?
> Tous les premiers jeudis, pour échanger avec les autres sur son vécu. Il n’y a pas de thème précis. Il se met en place en fonction du vécu et des échanges des personnes présentes. Les derniers jeudis du mois sont par contre réservés aux séances de débriefing pour les professionnels. Dans mon métier, on n’a aucune possibilité d’échanger. C’est nous qui sommes censés accompagner les gens. Dans les EMS ou les hôpitaux, c’est la même chose. J’en ai visité plus d’une quinzaine pour comprendre ce dont ils avaient besoin. Ils n’ont pas de possibilité de débriefing régulier, alors qu’on a besoin de pouvoir s’exprimer en tout temps et d’apprendre des autres. L’idée est de remettre la mort un peu plus proche de la vie, pour pouvoir mieux l’appréhender.

N’est-ce pas difficile de gérer toutes ces émotions?
> Je fais de l’hypnose tous les matins. C’est précieux pour moi. Il faut trouver des moyens pour se retrouver avec soi-même et pourvoir digérer tout ça. J’ai besoin aussi de mes moments de solitude pour reprendre contact avec mon moi intérieur. Dès que je suis bien avec moi, je sais comment gérer ces émotions. Et en donnant, on arrive à se ressourcer. C’est vraiment de l’empathie et pas uniquement de la compassion. Quand on ne fait que prendre, c’est là que c’est compliqué car la pression devient trop grande, mais si on donne aussi il y a un réel échange.

Entretien: Sandra Giampetruzzi
Informations détaillées sur http://www.leregional.ch/